Échappées Sauvages
La route des vins Bourguignonne
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Le parcours
Jour 1
De Dijon à Beaune
- Distance
- 41.41 km
- Dénivelé +
- +309 m
La journée suit la Côte. On dit « la Côte » sans préciser laquelle, un peu comme les Romains disaient « la Ville » : ici, il n'y en a qu'une. C'est un long coteau orienté à l'est, où la vigne monte jusqu'à la lisière des bois. On roule surtout au pied des pentes, sur les petites routes qui relient les villages, ce qui épargne les mollets et laisse le loisir de lire les noms sur les panneaux. On croirait lire une carte des vins.
La Route des Grands Crus a été créée en 1937, ce qui en fait l'une des plus anciennes routes des vins de France. Le vignoble, lui, n'a pas attendu qu'on lui trace une route. Les moines cisterciens de Cîteaux ont planté et clos une bonne partie de la Côte à partir du XIIe siècle. Huit cents ans de retard sur les moines : en Bourgogne, cela s'appelle prendre son temps. Ce sont eux qui ont observé, parcelle après parcelle, qu'un vin change d'une rangée de vignes à l'autre. Les géologues sont venus plus tard confirmer ce que les moines savaient déjà.
On appelle ces parcelles des climats. Le mot n'a rien à voir avec la météo, ce qui complique un peu la conversation avec les visiteurs. Il y en a plus d'un millier, inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2015. Certains font quelques ares et portent pourtant un nom plus connu que la plupart des sous-préfectures françaises. La Romanée-Conti, par exemple. On y reviendra.
Ce qu'il faut voir en chemin
À Chenôve, à la sortie de Dijon, la cuverie des ducs de Bourgogne abrite deux pressoirs en bois si énormes qu'on se demande d'abord comment on les a fait entrer, puis comment on les ferait sortir. La réponse est probablement qu'on ne les fait pas sortir.
Le Clos de Vougeot : une cinquantaine d'hectares de vigne entourés de murs par les moines de Cîteaux, avec un château au milieu. Les moines avaient l'avantage d'être d'accord entre eux. Le clos est aujourd'hui partagé entre plusieurs dizaines de propriétaires : un mur suffit à tenir une vigne, pas une succession. Le château appartient à la Confrérie des Chevaliers du Tastevin, qui y tient ses chapitres, en grand habit et avec le plus grand sérieux. Il se visite.
À Vosne-Romanée, la Romanée-Conti : un peu moins de deux hectares, une croix de pierre, et c'est tout. On s'arrête, on prend la photo, on repart. La photo est la seule chose de la Romanée-Conti qu'on puisse emporter sans hypothéquer sa maison.
Nuits-Saint-Georges est à peu près à mi-parcours. C'est la bonne étape pour déjeuner, et l'endroit où il faut décider, en toute lucidité, si l'on remonte en selle après un verre ou après deux.
À Aloxe-Corton, la colline de Corton, coiffée de bois, se voit de loin. Selon la légende, Charlemagne y possédait des vignes et aurait fait planter du blanc parce que le rouge tachait sa barbe. C'est l'histoire qu'on raconte pour expliquer le Corton-Charlemagne. Aucun document ne mentionne la barbe, ce qui n'a jamais empêché personne de la raconter.
Les couleurs de l'automne
Après les vendanges, en général en septembre, les vignes changent de couleur. En octobre et début novembre, la Côte passe du vert au jaune, puis à l'orange et au roux, rang par rang, parcelle par parcelle. Le découpage des climats devient alors visible à l'œil nu : deux parcelles voisines ne jaunissent pas en même temps. Ce que les moines ont mis des siècles à comprendre, l'automne le dessine en quelques semaines.
Les feuilles d'un rouge franc sont les plus photogéniques. Sur les cépages rouges comme le pinot noir, ce rouge vif signale pourtant souvent une maladie de la vigne, l'enroulement. Les vignerons les apprécient donc un peu moins que les photographes.
Arrivée à Beaune
Le centre historique tient dans ses remparts. L'arrêt obligatoire est l'Hôtel-Dieu, fondé en 1443 par Nicolas Rolin, chancelier du duc de Bourgogne Philippe le Bon. Rolin s'était beaucoup enrichi. Selon un mot attribué à Louis XI, il était juste qu'après avoir fait tant de pauvres, il leur laisse un hôpital. On y voit les toits de tuiles vernissées colorées, la grande salle des malades et le polyptyque du Jugement dernier de Rogier van der Weyden, qui rappelait aux malades, au cas où ils l'auraient oublié, ce qui les attendait.
Les Hospices de Beaune possèdent toujours des vignes. Leurs vins sont vendus aux enchères chaque année, le troisième week-end de novembre. Si l'étape tombe ce week-end-là, réservez votre hébergement longtemps à l'avance. Ou dormez à Dijon, et refaites les 41 kilomètres.
